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Dossier du Mois de Décembre 2004

Antibiotiques

Les antibiotiques bientôt inefficaces ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, certains antibiotiques actuellement disponibles pourraient ne plus être efficaces d’ici 10 à 20 ans. Face à nos médicaments préférés, les bactéries ont appris à se défendre et nous ne sommes pas sûrs de gagner la bataille. Sommes-nous à la veille d’un retour des grandes épidémies ? Comment lutter contre la pharmacorésistance ? Un dossier pour comprendre…

Les bactéries font de la résistance

Bactéries résistantesAprès avoir révolutionné le traitements des maladies infectieuses, les antibiotiques semblent aujourd’hui marquer le pas. Dans le monde de l’infiniment petit, les bactéries ne s’avouent jamais vaincues. Ainsi, le phénomène de résistance de ces dernières est de plus en plus répandu.

Une généralisation inquiétante

La France cumule le titre de plus gros consommateur d’antibiotiques et du plus grand nombre de victimes de bactéries résistantes… Quelles sont les causes de ce phénomène ? Que pensez de l’usage d’antibiotique dans les élevages ? Sommes-nous en train de perdre la guerre contre les maladies infectieuses ? L’Organisation Mondiale de la Santé tire la sonnette d’alarme.

Lutter contre la pharmacorésistanceAntibiotiques

PharmacorésistanceCertains maladies virales sont traitées par antibiotiques alors qu’ils ne sont efficaces que contre les bactéries. Résultat : ces dernières sont devenues résistantes à cause de ces prescriptions abusives. Entre changements de comportements individuels et collectifs, découvrez comment limiter l’émergence de ce phénomène inquiétant.

Les antibiotiques bientôt inefficaces ?

Les antibiotiques actuels pourraient se révéler inefficaces d’ici 10 à 20 ans. Nous sommes en train de perdre la guerre contre les maladies infectieuses. Tel est le cri d’alarme que vient de lancer l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Selon le rapport "Vaincre la résistance microbienne" rendu public le 12 juin 2000 par l’OMS, certaines maladies guérissables – de l’angine à l’otite en passant par la tuberculose – risquent de devenir incurables. Ce document décrit comment les germes de la quasi-totalité des grandes maladies infectieuses commencent lentement, mais inexorablement, à résister aux médicaments disponibles. Ce phénomène, appelé pharmacorésistance, ne cesse de s’accroître.

"Il a fallu 20 ans pour mettre au point la pénicilline et permettre son utilisation et 20 ans ont également suffit pour que ce médicament devienne pratiquement inopérant dans le traitement des blennorragies (maladie sexuellement transmissible provoquant l’inflammation de l’urètre ou la prostate chez l’homme et de la vessie ou le col de l’utérus chez la femme) dans la plus grande partie du monde", souligne le docteur David Heymann, Directeur exécutif chargé des maladies transmissibles à l’OMS.
Ces cas de pharmacorésistances restent des exceptions et la plupart des maladies infectieuses disposent aujourd’hui de médicaments efficaces. Mais pour combien de temps ?

Pourquoi un tel accroissement de la résistance des microbes ?

Le phénomène naturel de la résistance aux antimicrobiens est de nos jours amplifié car l’homme utilise mal les antimicrobiens dont il dispose.

La guerre mondiale contre les bactéries

 

1 - En Estonie, en Lettonie et dans certains parties de la Fédération de Russie et de la Chine par exemple, plus de 10 % des malades de la tuberculose présentent des souches résistantes aux antibiotiques les plus puissants,
2 - En Thaïlande, les trois antipaludéens les plus courants ne sont plus efficaces. Chez 30 % environ des malades prenant de la lamivudine contre l'hépatite B, la résistance s’installe après un an de traitement,
3 - En Inde, 60 % des cas de leishmaniose viscérale (infection parasitaire grave liée aux chiens et aux rongeurs et transmise à l’homme par la piqûre de certaines mouches) ne réagissent plus aux médicaments de première intention. Dans les cas d'infection à VIH, on observe déjà une résistance primaire à l'AZT,
4 - Aux Etats-Unis, quelque 14 000 des malades hospitalisés sont infectés et meurent chaque année à cause de germes pharmacorésistants d'origine nosocomiale.
Dans le monde, jusqu'à 60 % des infections nosocomiales sont provoquées par des bactéries chimiorésistantes (résistantes au antibiotiques).

Dans les pays pauvres : la sous-utilisation des médicaments facilite l’apparition d'une résistance. Ne bénéficiant pas des moyens d’acheter les médicaments en quantité suffisante pour un traitement complet, les malades ont tendance à se rabattre sur des médicaments contrefaits, obtenus au marché noir. De telles pratiques entraînent une destruction des germes les plus faibles alors que les plus résistants survivent et se reproduisent.

Dans les pays riches : l’utilisation abusive des médicaments est à l’origine de la pharmacorésistance. Sous la pression des malades, on constate de nombreuses surprescriptions de la part des services de santé. Autre pratique épinglée par l’OMS, l’usage abusif des antimicrobiens en agro-alimentaire contribue au développement du phénomène de résistance. La moitié de la production d'antibiotiques sert au traitement des animaux malades, à favoriser la croissance du bétail et de la volaille ou aux traitements des cultures contre des organismes nuisibles.

Comment réagir ?

"Nous nous trouvons littéralement dans une course contre la montre puisqu’il s’agit de réduire le niveau mondial des maladies infectieuses avant que les maladies ne réduisent l’utilité des médicaments", résume le Dr Heymann, qui ajoute qu’actuellement il n’y a pas de nouveaux médicaments ou vaccins sur le point d’apparaître.

Afin de limiter la pharmacorésistance, l’OMS préconise donc de toucher la cible du premier coup, c’est-à-dire à détruire le germe et vaincre ainsi la résistance avant son apparition. Cette stratégie passe ainsi par le traitement adéquat du malade.

David Bême

 

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