
L'insomnie
[?] Qu'est-ce que c'est ?
L'insomnie
vraie regroupe deux sortes de symptômes :
-
L'impression de mal dormir la nuit : difficulté
d'endormissement, éveils nocturnes ;
- Et de
mal être le jour suivant : somnolence diurne, troubles de
l'attention et de la mémoire, difficultés de concentration
dans la journée.... Le patient se sent somnolent, asthénique,
irritable, mal à l'aise dans son corps, gêné dans son
activité intellectuelle.
L'analyse de
la qualité de l'état de veille (niveaux de vigilance et des
performances, qualité de l'humeur, vécu somatique...) permet
d'éviter le diagnostic erroné d'insomnie. Cette notion est
primordiale car la prescription d'un hypnotique dans ces cas
rendrait le patient véritablement insomniaque en quelques
semaines.
[?] Causes et facteurs de risque
Toutes les
formes de stress peuvent causer une hyperstimulation du
système d'éveil : bruit excessif, anxiété chronique, traumatisme
psychique, hyperactivité intellectuelle ou physique.
Certaines
affections psychiatriques peuvent être en cause : début d'une
décompensation délirante, accès maniaque, syndrome dépressif
grave masqué...
Trois
syndromes particuliers sont individualisés par
l'enregistrement polygraphique du sommeil de nuit :
-
Le "syndrome des impatiences des
membres inférieurs" provoquant des insomnies
rebelles par difficultés d'induction du sommeil;
-
Le "syndrome de secousses
périodiques des membres inférieurs" provoquant
une insomnie par réveils multiples.
Ces deux
premiers syndromes souvent associés se rencontrent avec une
grande fréquence chez les patients alcooliques chroniques et
chez l'insuffisant rénal, hépatique ou respiratoire. Des formes
familiales ont été décrites. Certains médicaments (antidépresseurs)
et toxiques (café, alcool) peuvent déclencher les deux syndromes
chez des personnes prédisposées.
-
Le "syndrome d'apnées périodiques au cours du sommeil"
: tout obèse mais aussi tout ronfleur qui dort mal a
probablement des apnées du sommeil dont la fréquence
augmente avec l'âge. Elles sont favorisées par la prise de
benzodiazépines et d'alcool. A partir d'un certain nombre
d'apnées, on parle de syndrome d'apnée périodique qui peut
induire une insomnie mais aussi provoquer des conséquences
cardio-respiratoires.
Les
facteurs alimentaires
L'alcool est
très souvent à l'origine de troubles du sommeil. Chez le sujet
non éthylique, il facilite l'endormissement mais procure un
sommeil de mauvaise qualité, léger et instable. L'éthylique
chronique a un sommeil profondément altéré.
Le médecin
trouve parfois à l'origine d'une insomnie une consommation
excessive de café ou de thé ou bien un régime amaigrissant
soutenu par des amphétaminiques.
Les
facteurs toxiques
-
Médicaments : amphétamines, anorexigènes, antituberculeux,
bêtabloquants, théophylline, antidépresseurs, hypnotiques
associés à fortes doses, sevrage en hypnotiques chez un
sujet dépendant... ;
-
Certains produits chimiques : dissolvants, plastifiants,
insecticides, benzine, colorants, vernis, sulfure de carbone,
fumées, matériaux de soudure...
Les
facteurs chronobiologiques
Si la période
de rythme veille-sommeil oscille autour de 24 heures pour la
majorité des sujets, elle s'en écarte nettement dans 10 % des
cas. Pour cette minorité, l'adaptation au rythme commun passe
par l'abandon de leur rythme propre avec la désynchronisation et
l'insomnie.
Le patient
dont le rythme veille-sommeil est structuré sur 24 heures n'est
pas à l'abri de cette insomnie de désynchronisation. Par
l'exemple, les difficultés de sommeil des personnes assujetties
au travail posté (les 3 huits) ou les vols aériens
internationaux (jet lag).
Dans le "jet
lag "syndrome, syndrome des vols transméridiens, tous les
synchroniseurs sont en décalage de phase. L'adaptation est assez
rapide, entre deux et huit jours, variables selon les sujets, le
nombre de fuseaux franchis, et la direction : l'adaptation
serait plus facile dans les voyages d'est en ouest.
Un hypnotique
choisi parmi les plus récents peut accélérer cette adaptation
quand elle est nécessaire et quand le séjour est assez long .
Dans les
variations des synchroniseurs socio-écologiques dues au travail
posté par exemple, la situation est bien différente. En effet le
sujet vit ici à contre-courant, l'adaptation est beaucoup plus
difficile, surtout si les horaires de travail sont en plus
irréguliers.
L'activité
physique et intellectuelle
L'exercice
physique fait le matin a peu d'effet sur le sommeil. Dans
l'après-midi, il le favorise. Juste avant le coucher, il altère
le sommeil fonctionnant comme stimulus des systèmes d'éveil.
Tout excès en
fin de journée de l'activité intellectuelle, stimule l'activité
du système d'éveil et induit des difficultés d'endormissement.
Une mauvaise
hygiène du sommeil, des perturbations de l'environnement (bruit,
chaleur, température trop froide, lit inconfortable...),
l'altitude sont d'autres causes d'insomnie fréquentes.
Les
facteurs organiques
Certaines
lésions du système nerveux central peuvent altérer directement
la régulation du rythme veille-sommeil (démences, maladie de
Parkinson, chorée...).
Toutes les
causes d'éveil nocturne (douleurs, toux, dyspnée, pollakiurie...)
peuvent induire et entretenir une insomnie.
Les
facteurs psychologiques et psychiatriques
Un sommeil
perturbé est observé au cours de nombreuses affections
psychiatriques :
- Les
causes psychiques provoquées par des soucis ou difficultés
de relation avec les entourages familiaux ou
socioprofessionnels ;
- Une
dépression liée à la perte d'un proche ou de l'emploi.
L'insomnie
chronique est fréquente chez les malades souffrant de phobies,
névrose d'angoisse, troubles de la personnalité ou ceux atteint
de dépression.
Les décompensations psychotiques provoquent d'importants
troubles du sommeil.
[?] Les signes de la maladie
L'insomnie initiale, par difficulté d'endormissement
Le patient,
souvent, se couche déjà avec la conviction qu'il ne pourra pas
trouver le sommeil. A rechercher ce sommeil avec acharnement,
celui-ci échappe en raison de la tension anxieuse. Au bout de
plusieurs heures, l'insomniaque s'endort enfin pour parfois
s'éveiller peu de temps après et se retrouver dans la même
pénible situation d'un réendormissement difficile.
Des problèmes
organiques peuvent favoriser ou déclencher à eux seuls ce type
d'insomnie.
L'anxiété
joue un rôle important.
L'insomnie par éveils multiples
Le sommeil va
être fragmenté par des éveils, confrontant le patient de façon
répétitive au problème de réendormissement.
Les causes
d'éveil sont multiples : modification de l'environnement, rêves
d'angoisse, parasomnies, problèmes organiques...
L'anxiété
joue là encore un rôle important.
L'insomnie terminale, par réveil précoce
Elle se voit
dans la dépression ou chez le sujet âgé. Dans ce type d'insomnie,
l'endormissement est le plus souvent rapide. Mais au bout de
quelques heures de sommeil, le sujet se réveille sans pouvoir se
rendormir. Il va attendre des heures, aux prises à des
ruminations pessimistes, un sommeil qui souvent ne redevient
possible qu'au moment où la vie sociale impose le lever. Elle
entraîne souvent une somnolence pendant la journée.
Des formes
mixtes se rencontrent mêlant de façon variable difficultés
d'endormissement, éveils multiples et réveil précoce.
[?] Evolution de la maladie
En fonction
de l'ancienneté du symptôme on distingue insomnie aiguë et
chronique dont l'approche et le traitement sont bien différents.
L'insomnie
aiguë est due à des circonstances particulières et précises (conflits
professionnels ou familiaux, soucis...). Un traitement court
suffit généralement, qu'il est possible d'arrêter rapidement.
L'insomnie
chronique est un problème différent et il importe d'abord de
retrouver une cause à cette insomnie.
Schématiquement, l'histoire d'un grand nombre d'insomniaques se
déroule en trois étapes :
Il s'agit
d'abord, à la faveur d'un événement traumatisant, d'une première
nuit sans sommeil, suivie de nuits où l'endormissement devient
paradoxalement plus difficile. Cet événement traumatisant est
extrêmement variable et renvoie souvent à l'expérience de la
perte (deuil, licenciement, divorce, mutation, déménagement
etc...). Il ne s'agit à ce stade que d'une simple réaction
neuropsychologique : l'insomnie est occasionnelle.
La répétition
des événements traumatisants, l'existence d'une personnalité à
haut risque d'insomnie (personnalité obsessionnelle et phobique),
une prescription inadéquate ou abusive d'hypnotiques vont
favoriser la pérennisation du trouble : l'insomnie persiste et
devient un symptôme dont les causes sont multiples.
L'insomnie
peu à peu s'automatise. L'événement a de moins en moins d'impact
sur le symptôme. Une dépendance aux hypnotiques apparaît, aux
confins de la toxicomanie. Le médicament a échappé à sa fonction
première d'induction et de maintien du sommeil, il est devenu
inefficace.
Les doses
sont telles qu'en plus il entretient l'insomnie en désorganisant
le peu de sommeil encore possible. Enfin, il altère l'activité
dans la journée en favorisant la somnolence.
La vie du
patient s'organise autour de l'insomnie : c'est
l'insomnie-maladie (insomnie chronique ou persistante).
Vers le Haut
Doctissomo ©
2004

